Hoc supra est monumentum commemorans famam et virtutem Beati Rhenani (1485-1547) qui fidelis fuit amicus Desiderii Erasmi. Selestadii in Francogallica civitate (in Alsacia) intra Sancti Georgii ecclesiam positum est. Ab eodem loco paucos passus abest illius blibliotheca quae "Bibliotheca humanista" nuncupatur.

Ci-dessus, la plaque mortuaire com- mémorant la célébrité et les qualités de Beatus Rhenanus (1485-1547) qui fut le fidèle ami d'Erasme. Elle se trouve dans la ville française de Sélestat (en Alsace) à l'intérieur de l'Eglise St-Georges. A quelques pas de là se trouve la bibliothèque du grand homme, qu'on appelle "Bibliothèque humaniste".

In ima tabula Latine inscripta, haec Graeca ac pia sententia legitur :

En bas de cette plaque rédigée en latin, on peut lire cette pieuse sentence en grec :



« Deo omnia debemus, parentibus autem multa. » (tetrameter trochaicus)

« A Dieu nous devons tout, aux parents beaucoup. » Il s’agit d’un tétramètre trochaïque.

DE LINGUA GRAECORUM ANTIQUITATIS

Au sujet du grec ancien


Nonnulli graecissantes, postquam per observationes et experimenta persuasum habuerunt activam methodum in antiquis sermonibus discendis commodare, nisi et moti sunt ipsi quadam vi minus rationali ac suo mundo imaginario propria, Graecitatem (aut Atticorum aut koinen sive communem incolentibus Imperium Romanum) quasi quamlibet linguam vivam docent. Quod nullo modo impedit quin conscientia historica ac critica educatur, Heraclito eodem modo ut Johannis Bollack lecto – at quidni simul Heraclitus legatur eodem modo ut Marcellus Conche ?.. Illud inceptum, ut in casu linguae Latinae, plenum successum adipiscitur cum lingua Graeca eiusque auctores in usu sint fere cottidiano. Ecce homines et loci in TTT visendi ac nobis noti, quorum auxilio illud experimentum fieri possit. Cum res sine dubio mirabilior quam viva Latinitate videatur, tamen notandum est Latine vel Graece balbutire aut loqui primum nil est nisi verba in has linguas paulo celerius liberiusque convertere !


Parce que leurs observations et leur expérience les ont persuadés des bienfaits de la méthode active pour l’apprentissage des langues anciennes, poussés sans doute aussi par quelque motivation plus irrationnelle propre à leur imaginaire, certains hellénistes enseignent le grec ancien (attique ou koïnè) comme une langue vivante. Cela n’empêche nullement (bien au contraire !) de développer une conscience historique et critique et de lire Héraclite comme Jean Bollack – mais pourquoi pas le lire en même temps comme Marcel Conche ?... Comme pour le latin, la démarche porte tous ses fruits si l’on a un rapport quasi-quotidien avec la langue grecque et ses auteurs. Voici les gens et les lieux que nous connaissons et qui permettent de faire cette expérience - sans doute encore plus étonnante que celle du latin vivant. Encore que balbutier ou parler en latin et en grec, ce n’est d’abord que faire du thème un peu plus vite et librement !


1) Les enseignants et les écoles :  

- En France, un ancien normalien, Maître de Conférences à Paris X (Nanterre), Charles Delattre, a fondé un cercle de conversation en grec ancien unique en son genre dans notre pays, et promeut cette pédagogie. On peut en savoir plus et le contacter sur cette page : http://www.u-paris10.fr/65798573/0/fiche___pagelibre/&RH=depclass_ens

- Un autre Français, Christophe Rico, agrégé de grammaire, enseigne le grec (la koïnè) selon la méthode active, plus précisément la méthode Polis qu’il a mise au point depuis de nombreuses années, à l’Institut du même nom situé à Jérusalem. L’hébreu biblique et le latin y sont également enseignés comme des « langues vivantes ». On trouvera une présentation de l’Institut et de la méthode (avec des vidéos) sur le site suivant : http://www.polisjerusalem.org/?lang=fr

- Son ami Américain Randall Booth, dont l’exemple l’a inspiré autant que la facilité avec laquelle il apprit l’hébreu par immersion, fait le même travail dans la même ville pour les anglophones, au Biblical Language Center : http://www.biblicallanguagecenter.com/

- En Italie, l’Institut fondé par Luigi [Aloysius] Miraglia, Vivarium Novum, reste le principal lieu d’études supérieures européen, où des étudiants apprennent à lire les auteurs grecs de l’Antiquité dans un cursus complet de cours délivrés en grec ancien : http://www.vivariumnovum.it/


2) Les séminaires d’été :

- Outre les écoles ci-dessus, qui proposent cette expérience durant les vacances estivales à Jérusalem et à Rome, l’Allemand Helmut Quack l’offre en Grèce chaque été, depuis 1982, dans un lieu qui mérite son nom d’Hellenikon Idyllion. Son fondateur attire des étudiants de toute l’Europe (mais déplore d’y voir très rarement de jeunes français !) : http://www.idyllion.gr/


3) Les livres et les méthodes de « grec vivant » :

- Bien que le principe pédagogique ne soit pas neuf (il fut brillamment illustré il y a un siècle pour le latin comme pour le grec par l’Anglais W. H. D. Rouse, qui produisit la première méthode audio-orale, appelée Linguaphone), aucun manuel ne s’en faisait l’écho depuis longtemps, du moins en France. La méthode Assimil de grec ancien produite par Jean-Pierre Guglielmi en 2003 ne va pas aussi loin. Mais elle a le grand avantage d’avoir sollicité ceux que j’appelle les chantres du grec « vivace » (plutôt que vivant), comme Philippe Brunet, et comme le sont, faut-il le rappeler, tous les locuteurs du grec moderne. On trouvera donc sur les enregistrements de cette méthode une belle prononciation, restituée c'est-à-dire accentuée et chantante. www.assimil.com

- Christophe Rico, évoqué ci-dessus, a commencé à publier sa propre méthode en français, aux Editions du Cerf (il a le projet de le faire aussi en anglais. Une édition allemande et une édition italienne sont déjà sorties). Ce manuel accompagné d’un CD audio, Polis : parler le grec ancien comme une langue vivante, est présenté avec ses références précises sur le site suivant :

http://www.poliskoine.com/

Je n’ai pas la compétence pour entrer dans le débat érasmien de la qualité ou de l’artificialité de la prononciation restituée du grec ancien, comparée à celle des hellénophones d’aujourd’hui, qui accèdent aux textes de l’Antiquité avec une aisance et parfois une justesse intuitive que certains de nos meilleurs professeurs peuvent sans doute leur envier. C’est même à se demander si la personne vraiment désireuse d’approcher l’idéal d’une lecture cursive des auteurs anciens ne gagnerait pas du temps en apprenant le grec moderne par immersion !

- Tout comme les amateurs de latin vivant ont une préférence marquée pour la méthode Ørberg, on remarque chez ceux qui aiment cultiver le grec ancien de manière active une préférence pour le manuel en deux volumes (et en anglais) Athenaze, de l’Anglais Maurice Balme et de l’Américain Gilbert Lawall. Première raison de ce choix : ce manuel n’a pas renoncé aux vertus pédagogiques du thème, comme l’ont souvent fait les nôtres depuis l’imposition des textes authentiques. Seconde raison : ce manuel, sans être un guide de conversation (loin de là !), reprend l’idée orbergienne d’entraîner l’apprenant à la lecture cursive du début à la fin, par le retour systématique du vocabulaire et le recours à la fiction d’une histoire qui se déroule de chapitre en chapitre, et qui ouvre sur différents thèmes civilisationnels, avant de laisser place à des extraits de plus en plus larges d’auteurs anciens. La seconde édition est enrichie de petits textes authentiques à la fin de chaque chapitre, dès le début. Pour l’autodidacte, ou l’helléniste ayant besoin de révisions, c’est un très bon manuel, si l’anglais ne lui pose pas de problème et s’il n’oublie pas d’acheter le livre du professeur associé à chaque volume, qui lui servira de correcteur pour les exercices de thème :

Balme (M.) & Lawall (G.), ATHENAZE. An introduction to Ancient Greek, New York, Oxford University Press, 200 (2d ed.).

Luigi Miraglia a même essayé de s’approcher un peu plus du modèle de Familia Romana (la compréhension des faits de langue nouveaux par le contexte ou par l’illustration) dans son édition italienne d’Athenaze. Mais la longueur des textes de cette édition est sans doute trop grande pour la plupart des élèves ou des étudiants français, compte tenu des heures de cours à leur disposition et de leur goût pour tout ce qui varie rapidement :

Balme (M.), Lawall (G.), Miraglia (L.), Bórri (T. F.), ATHENAZE. Introduzione al greco antico, Montella, Edizioni Accademia Vivarium Novum, 2009.

- Notons pour finir en passant que le premier tome de Harry Potter (Harry Potter and the Philosopher’s Stone) est disponible en grec ancien depuis 2004, dans une traduction fort plaisante réalisée par l’Anglais Andrew Wilson, chez Bloomsbury.


4) Les sites et les forums internet :

- Il est possible de suivre les actualités en attique ! L’étudiant ayant quelques bases de grec remarquera très vite l’utilité didactique pour ce qui est de l’apprentissage proprement linguistique, du fait de sa familiarité avec les référents de ces textes. C’est le travail que réalise régulièrement depuis plusieurs années un helléniste catalan, Juan Coderch, qui enseigne le grec à l’Université St Andrews. Son grec est aussi simple que sûr, et son site vaut le détour, unique ou régulier : http://www.akwn.net

- Il y a peu d’années, quelques amateurs de latin vivant réunis par Skype se sont mis à échanger de plus en plus en grec ancien. Certains d’entre eux sont des enseignants, d’autres de simples passionnés. La meilleure personne à contacter à ce sujet est Francisca Parva, à travers son site : http://www.circuluslatinusinterretialis.co.uk/index.html (Cf. dans le menu de gauche « Graeca antiqua »)

- C’est d’ailleurs grâce à ce site que j’ai découvert qu’un site à l’image de Schola.ning pour le latin a été réalisé pour ceux qui veulent entretenir et perfectionner leur grec par ces moyens « interactifs ». Ce site s’appelle tout simplement Schole : http://sxole.com/

- On peut parier, surtout si l’on pense à son équivalent latin, que Schole attirera plus de monde que le seul forum (ou agora !) « traditionnel » qui permette d’échanger des messages en grec ancien à travers une liste de diffusion. Il s’agit d’EPOS ["epos" et non "eros" !], un groupe fondé sur Yahoo ! en 2002 par un membre du Grex Latine Loquentium. Les échanges de messages – sur les sujets les plus variés également – y sont rares et très épisodiques, mais on peut préférer ce type de forum, pour peu qu’on y soit actif et qu’on y trouve des interlocuteurs « réactifs » : http://groups.yahoo.com/group/Graece/ (Sur cette page d’accueil, le tableau de l’historique du groupe donne une image objective de son activité passée.)


Une dernière remarque pour finir :

Mon ordinateur affiche fort bien les caractères grecs des messages reçus d’EPOS mais le grec peut encore poser un problème de lisibilité pour certains. Quand on envoie ou quand on publie un message en grec, il est toujours possible de réaliser et d’envoyer une image de ce message (sous forme de fichier JPEG ou PDF, comme j’ai fait pour les deux titres en grec de ce site !). Mais on peut aussi parer aux éventuels problèmes techniques en utilisant des polices grecques « UNICODE », comme celles que proposent les deux sites suivants : http://users.ox.ac.uk/~tayl0010/polytonic-greek-inputter.html et http://www.typegreek.com/

Si la parole d’encouragement en grec, sur le fichier WORD ci-dessous, est correctement lisible, c’est que ça marche (après le téléchargement, le fichier n'apparaîtra sans doute pas tout seul : il faut aller le chercher dans "documents récents" ou dans le dossier des fichiers téléchargés. Le fichier s'appelle "grec.doc") ! Si le grec n'est pas lisible, pas de panique : Thomas Fretard vous aidera à surmonter ce dernier petit obstacle à votre propre grécité ! http://www.ephodia.eu/polices_grecques.htm

Cliquez ici même [fichier WORD]


Olivier Rimbault, Perpignan, août 2012